Wen Fang

Wen Fang, née en 1976 à Pékin, est diplômée de l’Institut Lumière à Paris. Elle pratique la calligraphie depuis l’âge de six ans.

Wen Fang réalise des installations en utilisant la photographie associée à différents supports. Ses briques d’Or ont propulsé sa carrière; elles sont aujourd’hui collectionnées par la Fondation Ullens Center for Contemporary Arts. En  2009, Wen Fang a été invitée par Dior parmi 22 artistes chinois de renommée internationales pour célébrer le 60ème anniversaire de la marque dans le cadre de l’exposition « Dior & Chinese Artists ».

Pour en savoir plus sur l’artiste et ses dernières expositions: www.parisbeijingphotogallery.com

 

Son oeuvre

To Keep on Living

- Aux Enfants de Madaifu et à tous les orphelins chinois que cette association a aidés ces dix dernières années

J’ai rencontré beaucoup d’orphelins cette année, des orphelins du nord-ouest de la Chine.

C’est grâce à une association humanitaire française, les Enfants de Madaifu, qui depuis une dizaine d’années vient en aide auprès d’orphelins dans des régions reculées de Chine.

J’ai rencontré cette organisation par l’intermédiaire de Perrine, une française qui travaille à la galerie Paris-Beijing. Pendant son temps libre, elle participe à une troupe de théatre amateur et francophone à Pékin, le Théâtre des Lanternes, dont j’ai vu les pièces ces trois dernières années. J’ai appris que tous les bénéfices de leurs représentations étaient donnés aux Enfants de Madaifu.

Le fondateur de cette association, le docteur Marcel Roux a commencé en tant que membre des Médecins Sans Frontières. Lorsqu’il travaillait en Chine, il fonda cette organisation pour venir en aide aux orphelins, afin qu’ils puissent rester avec leurs amis et membres de leur famille et ne deviennent pas comme les enfants mendiants qui peuplent les rues des grandes villes. Aussi longtemps que ces enfants réussisent à l’école, ils sont aidés financièrement pour continuer leurs études. A ce jour, l’association est fière de soutenir de nombreux étudiants d’université.

J’ai été touchée par les histoires de ces enfants, ce qui m’a donné envie de mieux les connaître. J’ai voulu créer une pièce qui leur soit spécialement dédiée, que j’ai appelé ‘A ceux qui vivent’.

Je suis partie deux fois cette année avec les bénévoles dans les provinces du Gansu et du Shanxi : Dans ces régions montagneuses pauvres et arides, j’ai rencontré des dizaines d’enfants, parmi ceux qui venaient de rejoindre l’association et des plus anciens. Ce qui m’a le plus marqué, c’est que les nouveaux arrivants ne souriaient jamais et ne savaient pas rire. L’expression sur leur visage n’était pas celle de la tristesse ; mais celle de l’absence. En revanche, les enfants qui étaient soutenus par l’association depuis plus d’un an offraient facilement un large sourire aux volontaires. Une petite fille m’a dit qu’avant d’être prise en charge par l’association, elle ne pouvait regarder personne dans les yeux. Ces jeunes années d’expérience l’avaient rendue incapable de faire confiance à qui que ce soit. Aujourd’hui, elle commence à croire que l’espoir est possible.

J’ai vu que les volontaires distribuaient eux même, tous les mois, auprès des tuteurs l’argent nécessaire aux dépenses de l’enfant. De cette manière, les grands-parents n’ayant pas d’autres ressources pouvaient garder les enfants et leur fournir l’école. Anne, l’une des volontaires, m’a dit : « J’ai vu que les enfants portaient encore des chaussures ouvertes en plein hiver, donc pour le Nouvel An, l’association a offert des cadeaux à chaque enfant : un sac de riz ; une bouteille d’huile, et une paire de chaussures ». Les volontaires apportent eux-mêmes le riz et les chaussures, il n’y a pas d’intermédiaire. A Pékin, pour économiser de l’argent, l’association n’a jamais loué de bureau ; toutes les réunions sont organisées chez les particuliers.

J’ai vu beaucoup de souffrance cette année, mais j’ai rencontré aussi beaucoup d’espoir.

Je ne sais pas si je crois au patriotisme car je ne crois pas que l’amour se pense en terme de frontières. Voyant tout ce que ces Français sympathiques font pour des orphelins chinois, j’ai le sentiment qu’ils font partie de ma famille.

Nous aurons toujours des conflits entre pays, mais il existera toujours des gens qui utiliseront le maximum de leurs petites capacités à nos côtés, nous apportant réconfort et chaleur dans les longues nuits d’hiver.

Wen Fang

(Cette pièce représente trente pupitres d’écoliers artisanaux avec des portraits d’enfants imprimés sur le bois. Chaque bureau est unique. La recette issue de leur vente sera versée à l’association Les Enfants de Madaifu. Les photographies imprimées résistent à l’eau et à la lumière et chaque table peut être utilisée comme n’importe quel meuble de maison.)